Préparation de fibres d'alpaga suri avant filage

L'Alpaga est un camélidé en provenance d'Amérique du Sud et descendant de la vigogne qui se distingue en deux types : le huacaya et le suri. L'alpaga huacaya possède une laine qui ressemble en apparence à celle du mouton. L'alpaga suri possède une toison constituée de longues mèches dites "dread locks" d'un lustre et d'une finesse remarquables. La particularité des fibres d'alpaga est l'absence de suint mais la présence de beaucoup de poussière. 


A 30 kms de Provins, il existe une petite ferme habitée par environ 45 alpagas dont une trentaine de suri. J'ai donc la chance de pouvoir obtenir des toisons d'alpaga suri d'une grande qualité et de différentes couleurs : noires, blanches et fauves. Selon le nombre d'années séparant deux tontes, les mèches peuvent atteindre jusqu'à 40 cms de longueur. 


Cet article vise à présenter MA façon de trier les mèches d'alpaga suri et de les préparer au lavage. Dans la communauté de fileuses, un certain nombre préconise le travail de ces fibres sans lavage préalable. Pour ma part, je refuse de filer sans avoir lavé les fibres pour la simple et bonne raison que trop de poussière, de parasites et d'urine envahissent les toisons et seraient donc emprisonnés dans le fil de laine créé.

Pour ce qui est des alpagas suri, l'étape du tri est longue voire très très longue ... Il s'agit de séparer chacune des mèches qui constitue la toison en tirant la mèche par le haut, par sa pointe : 



Les mèches s'individualisent : 


Chaque mèche doit être triée de la même manière. Selon les projets, elles sont au fur et à mesure rangées par longueur car dans une toison, il est possible d'obtenir jusque 3 et 4 longueurs différentes. 



Les pointes peuvent être coupées selon leur état  : elles peuvent être très sèches et cassantes, feutrées ou trop sales pour être gardées. 

En fonction des projets, les fibres seront lavées telles quelles ou bien coupées en deux. 
Par exemple, lorsqu'il s'agit d'en carder, les mèches de plus de 25 cms sont coupées en deux. 
Les mèches qui vont servir à filer un dodu fantaisie en locks spinning, les mèches seront utilisées avec toute leur longueur. 

Le tri d'une toison d'alpaga suri de 4 kgs prend une vingtaine d'heures. 
La sous laine peut servir intégrée dans des nappes à filer. 

Le lavage : 
Je lave les fibres à l'eau chaude bien qu'elles ne soient pas suintées. Mais je trouve nécessaire d'éliminer les quelques parasites et surtout les traces d'urine ou d'excréments qui ont pu salir la laine. Pour un lavage efficace, je les plonge dans de l'eau chaude (60°C) avec du percarbonate de soude qui permet d'éliminer véritablement toutes poussières (c'est l'effet eau oxygénée) et ce quelque soit la couleur de la toison. 

Avant de les plonger dans l'eau chaude, les mèches peuvent être attachées par paquets. Cela évite d'avoir après séchage un paquet de fibres totalement entremêlées.
Ce sont ces paquets de fibres qui sont lavés. 


Les fibres sont poussées au fond du bac d'eau chaude. Elles ne sont absolument pas remuées. 


Elles vont restées plongées dans cette eau 24 heures sans être remuées du tout. 


A l'issue des 24 heures, les mèches sont remuées dans le bac manière de faire sortir un maximum de poussière puis elles sont essorées. Les eaux de rinçage sont froides. et entre chaque eau de rinçage, j'essore. 
Le rinçage s'effectue jusqu'à eau claire. En général, grâce à l'essorage électrique, il suffit de deux rinçage pour éliminer tout surplus de poussière. 

Le séchage s'effectue à plat sur une grille et à l'abri de soleil. 

Une fois sèches, les fibres peuvent être peignées, cardées ou filées directement (ce que je préfère !). 

Alpaga suri noir cardé


Dodu filé avec des mèches d'alpaga suri en locks spinning 




N'hésitez pas à me contacter pour des compléments d'informations : latelierdeslaines@gmail.com


Deux alpagas suri noirs juste après la tonte (mai 2018)

Organzine : de l'écheveau à la bobine

A la Fête de la Laine de Malakoff, ma voisine de stand était Micky (l'Atelier de Micky). Sur sa table, de magnifique écheveaux d'organzine ancienne (des années 50-60 selon elle). Le métrage est inconnu mais on devine des kms de fils ! 
Mon choix s'est porté sur des écheveaux rose nacré : 






L'idée est de les utiliser comme fil de retord pour des fils fantaisie. Pour cela, il est nécessaire de les mettre en bobine. Ne possédant pas de cannetière, j'ai improvisé un système avec mon rouet traditionnel : 


1- Après avoir ôté l'épinglier, j'ai glissé la bobine sur une aiguille à tricoter entraînée par la courroie de la roue (les 2 petites bobines marrons servent à ce que la bobine ne bouge pas vers l'avant).



2- L'écheveau est placé sur un dévidoir en plastique-inox et non en bois pour éviter que le fil n'accroche et ne casse. 


3- Sur l'axe de la bobine j'enroule du cellophane de façon à ce que le fil de soie n'accroche pas et ne casse pas. 


4- En pédalant, la bobine tourne et de la main, je guide le fil de soie d'avant en arrière sur la bobine pour que le bobinage soit régulier et que le fil ne se tasse pas en paquets. 



 Et voilà le résultat ! 
3 belle bobines prêtes à être filées ! 





Le lavage de la laine par fermentation

Les beaux jours sont là ... Il est temps de laver la laine récupérée des tontes qui ont débutées. En été, j'opte pour la technique du lavage par fermentation qui est l'objet de cet article. 
Le lavage par fermentation consiste à laisser de la laine dans de l'eau pour que la chaleur ambiante puisse permettre à des bactéries de se développer et ainsi manger suint et saletés contenus dans les fibres. La laine ainsi lavée est propre mais surtout toute douce. 

Texel lavé par fermentation. 6 semaines de trempage. 

Elle convient très bien pour le lavage de laines rustiques. Elle est déconseillée pour les fibres fines telles que le mérinos ou l'île de France. Les fibres des camélidés ne sont pas concernés par ce procédé contenant de la poussière et non du suint. 

Je vais ici présenter MA façon de procéder.

Une fois les fibres triées, je les plonge dans des containers noirs remplis d'eau de pluie presque jusqu'au bord.  


Si vous utilisez de l'eau du robinet, il est conseillé d'ajouter du vinaigre blanc. 
La fermentation démarre. Plus il fait chaud, plus elle est terminée rapidement. En température moyenne, on peut laisser en fermentation plusieurs semaines. Je remue avec un bâton le contenu de chaque bac tous les 2 jours. 
Lorsque des bulles sont flagrantes à la surface de l'eau sale en remuant, c'est que la fermentation est faite. Les fibres peuvent alors être sorties. 

L'eau restant dans le container va servir à de nouveaux lavages. La même eau est utilisée tout l'été que ce soit pour 3 lavages ou 15. Du mois d'avril au mois d'octobre, j'utilise la même eau puisqu'elle est remplie de bactéries. A chaque remplissage de toison du container, il faut rajouter un peu d'eau partie avec les fibres sorties. Essayez de laisser un peu égoutter au dessus du bac avant d'essorer afin de ne pas perdre trop d'eau. 


L'odeur peut être très forte voire insupportable. Ce sont les bactéries. L'odeur partira au séchage. 

Les fibres sorties du bac sont ensuite essorées dans une machine électrique (2200 tours/minutes) afin d'éliminer un maximum d'eau sale. 
le 1er bain de rinçage : dans une eau tiède dans laquelle est ajouté du liquide vaisselle biologique. Je les y laisse 24 heures sans remuer mais en les pressant vers le fond du bac de rinçage. 
Si les fibres semblent grisées, j'ajoute dans cette eau du percarbonate de soude (actif seulement à partir de 40°C). Je laisse tremper 24 heures. 

Si je veux garder la lanoline, j'utilise de l'eau froide au 1er bain de rinçage. 

Je les essore de nouveau puis les rince dans de l'eau de pluie froide autant de fois que nécessaire, ie jusqu'à eau claire.  
Si j'ai utilisé du percarbonate de soude dans le 1er bain, alors il faut utiliser du vinaigre blanc dans le dernier bain (équilibre des ph). 
Après le dernier essorage, les fibres sèches. L'odeur forte s'en va. 



Ou alors les fibres sont teintes comme ici sur la photo.